Chers frères et sœurs, Chers amis,
Depuis
plus
de deux
mille ans, nous faisons écho au chant des Anges apparus à Bethléem
à la naissance de l’Enfant Jésus : " Gloire
à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre paix aux hommes qu’il
aime ! "
(Luc 7 :14).
Mais
quel sens et quelle portée revêtent aujourd’hui cette louange à
Dieu et cette bénédiction à l’adresse des hommes ? En ce
premier quart de siècle
du 21ème
siècle et du troisième millénaire, quel sens et quelle portée
revêtent-elles pour nous qui sommes témoins de la violence qui
continue d’enténébrer et d’endeuiller la terre ? Non
seulement la violence qui se manifeste sous forme de réaction
individuelle incontrôlée, mais surtout cette violence est
planifiée
à large échelle et à longue échéance : je veux dire le
terrorisme et la guerre.
Aujourd’hui
et plus que jamais, à Bethléem même où le Christ est né, dans
les contrées de Judée, de Samarie et de Galilée qui ont constitué
l’environnement de son existence terrestre, le terrorisme et la
guerre arrachent à la vie des hommes et des femmes à la fleur de
l’âge, comme des vieillards.
Aujourd’hui,
les mêmes pleurs, les mêmes complaintes continuent de déchirer les
coeurs dans
le monde entier.
La
violence planifiée et entretenue continue d’allonger sa liste de
victimes innocentes.
Que
pouvaient signifier alors la louange et la bénédiction chantées
par les Anges, il y a deux mille ans : " Gloire
à Dieu et paix aux hommes" ?
Que pouvait signifier la bonne nouvelle de la naissance du Sauveur,
qu’ils ont annoncée aux Bergers de Bethléem, et qui avait suscité
en ces pauvres marginalisés une espérance et un enthousiasme qu’ils
ne pouvaient s’empêcher de communiquer ?
Le
message des Anges de Bethléem n’aurait été que pure tromperie,
s’il annonçait la gloire de Dieu et la paix des hommes comme des
fruits spontanés de la naissance de Jésus Christ. Ce message fait
naître au contraire, à travers les siècles et partout sur terre,
une espérance sans bornes, si la gloire et la paix annoncées sont
accueillies comme une oeuvre humaine
et divine,
qui débute avec la naissance de l’Enfant de Bethléem, prend forme
avec sa vie et son action sur terre, et se confirme de siècle en
siècle.
C’est
déjà le message que délivrait le Prophète Isaïe, huit siècles
auparavant : " Le
peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande
lumière… Oui ! un enfant nous est né, un fils nous a été
donné."
" Prince
de la paix",
il sera établi sur le droit et la justice, et il exercera le pouvoir
pour l’avènement de la paix, ne poursuivant pour seul but que le
bien du peuple.
Saint
Paul fait écho au prophète dans le passage de sa Lettre à Tite. Le
Christ est né sur terre pour nous sauver par le don total de soi, et
pour faire surgir à partir de lui-même une humanité nouvelle, un
peuple de fils de Dieu passionnés pour le bien et la justice, pour
le respect et l’amour de tout être, même le plus faible et le
plus petit ; un peuple d’hommes et de femmes qui rejettent le
mal et engagent le combat contre les passions.
C’est
ce peuple des enfants de Dieu qui a pour mission de poursuivre et
parachever l’oeuvre grandiose de Jésus Christ, Prince de la Paix.
Les Pères du Concile Vatican II nous ont rappelé la voie à
suivre : " Il
ne sert à rien de vouloir bâtir la paix aussi longtemps que des
sentiments d’hostilité, de mépris et de défiance, des haines
raciales et des partis pris idéologiques séparent les hommes et les
dressent les uns contre les autres. "
Nous
reconnaissons bien là les sources de la violence qui produit le
terrorisme et la guerre. Aussi les Pères conciliaires
poursuivent-ils : " Nous
devons tous changer notre coeur, en considérant le monde entier,
ainsi que les tâches que nous pouvons entreprendre tous ensemble
pour l’amélioration de notre humanité. "
" Gloire
à Dieu et paix aux hommes !".
C’est le programme lancé à Noël : programme pour l’Enfant de
Bethléem, programme pour les hommes et les femmes qui, à travers
les siècles et dans tous les pays, croiront en lui et s’engageront
à prendre part à sa Mission de Sauveur. Comme lui et en lui, avec
l’assistance de son Esprit Saint, ils ont à construire la paix
pour les hommes et pour la plus grande gloire de Dieu. Ils le feront
avant tout en extirpant les causes de discorde et de division entre
les hommes, à commencer par les injustices, les inégalités,
l’esprit de domination et les autres passions égoïstes.
C’est
l’oeuvre
de la justice, et non la simple absence de guerre ou l’équilibre
des forces, " la
paix n’est jamais acquise une fois pour toutes : elle est sans
cesse à construire"
par le respect des autres hommes et peuples, ainsi que de leur
dignité, par l’amour qui se fait fraternité et solidarité.
Nous
avons dressé des crèches dans nos églises et nos maisons. Prenons
le temps de les visiter, pour rendre hommage à l’Enfant de
Bethléem, avec Marie sa mère, saint Joseph et les
Bergers.
Accueillons
les enseignements de sa faiblesse et de son dénuement. Tout faible
et fragile, il nous invite à rejeter la violence, pour cultiver le
respect et la délicatesse envers tout être humain, même le plus
petit. Tout démuni, et vénéré seulement par des gens tout aussi
démunis, il nous invite à ne pas nous enfermer sur nous-mêmes,
préoccupés de nos seuls droits et intérêts, dévorés par l’appât
du gain, et par nos ambitions dominatrices, mais à cultiver
l’attention aux besoins et aux attentes des autres, la solidarité
et l’amour fraternel entre tous les hommes et tous les
peuples.
Nous
qui célébrons Noël, de quelque pays, de quelque continent que nous
soyons, ne restons pas indifférents à l’appel de l’Enfant de
Bethléem. Accueillons son invitation à faire partie de l’humanité
nouvelle inaugurée par sa naissance, pour nous engager dans la
construction persévérante d’un monde de justice, d’amour et de
paix, sur toute la face de la terre, et pour la plus grande gloire de
Dieu. Amen !
+Serge Burglé, Supérieur du Chapitre de France.



